Le récit de la grève du 15 novembre

 

bandeau FSU SDU CLIAS 93

 

Récit d’une mobilisation tant attendue 

    AS engagée

Nous avons décidé de faire grève le 15 novembre 2012 avec un point de rendez-vous fixé à 14h sur le parvis de la Préfecture de Bobigny.

Nous étions décidées à  rappeler au Président du Conseil général que la polyvalence de secteur est une mission obligatoire du Département.

C’était aussi l’occasion d’interpeller le Préfet sur la question du logement social,  de l’application de la loi de réquisition des milliers logements vacants et des différents désengagements de l'État dans notre Département. 

  Le 13 novembre 2012, dans le cadre du préavis de grève, une partie d’entre nous  a été reçue en délégation par la direction des pôles solidarité, du personnel, de la prévention et de l'action sociale et des membres du Service social départemental. On nous a rappelé entre autre qu’il ne  fallait pas envisager une quelconque création de postes d’assistantes sociales, secrétaires, conseillères en économie sociale et familiale, psychologues…au vu des finances du conseil général.

Justice sociale

 

rassemblement 1

 Le 15 novembre 2012 à 14h, nous étions un peu plus d’une centaine réunies sur le parvis de la préfecture, avec une majorité d’assistantes sociales du Conseil général et des villes conventionnées, quelques secrétaires et responsables.

Deux élus, qui se rendaient au conseil départemental qui se tenait ce jour-là au « château » (Préfecture), se sont arrêtés pour nous adresser quelques mots de soutien.

AS à un élu

Nous en avons profité pour leur rappeler les obligations du département et la toute récente condamnation du Conseil général par le Tribunal administratif de Montreuil suite à un refus de renouvellement de prise en charge hôtel pour une famille (Jugement du Tribunal Administratif de Montreuil, 6 novembre 2012 (N°1107210).

Nous avons évoqué les injonctions paradoxales qui nous sont faites et qui nous rendent folles, combien il est insupportable de recevoir un mail nous demandant de faire attention aux dépenses d'interprétariat et de fait de limiter les demandes!

Qu’est-ce que cela signifie ? Devrons-nous sélectionner les personnes parce que l’enveloppe dédiée à l’interprétariat est vide ?

Est-il normal de nous demander de choisir entre demandes de FSL (fonds de solidarité) « accès » ou « maintien » parce que la ville où habite la famille qui nous fait une demande n’a plus assez de fonds ???

Trop c'est trop

Au moment de s’éclipser pour se rendre au conseil, on a proposé aux élus de nous y inviter et comme l’un d’eux nous a répondu « oui » tout en s’éloignant, nous l’avons suivi mais seulement quelques manifestants ont pu entrer, la plupart a été coincée par les forces de l’ordre.

 Cinq d’entre nous munis d'une pancarte (à gauche ici en photo) ont néanmoins pénétré dans l'antre sacré mais publique, faut-il le rappeler.

En y pénétrant, plusieurs personnes dont le DGA chargé des questions du personnel ont tenté de faire barrage. On nous a gentiment invité à gagner les places réservées au public. Ce que nous avons fait en prenant soin de brandir notre pancarte pour qu'elle puisse être vue de toutes et tous. Nous avons attiré la curiosité et nous nous sommes fait prendre en photo notamment par le secrétaire général du groupe UMP à l'assemblée départementale (!!).Voyant que nous avions été placés dans l'angle mort des caméras, nous nous sommes relevés pour nous diriger dans leur axe. En nous voyant approcher, le Président et les élus autour de lui se sont quelque peu agités sur leur chaise. Nous avons demandé à l'oreille de l'élu qui nous avait invité de nous permettre de prendre la parole. Il a jugé qu'elle nous serait refusée et que ce n'était pas opportun étant donné le rendez-vous que nous avait accordé le Président 15 jours plus tard.

Avant de sortir, nous avons brandi pendant un temps notre pancarte  face caméras et élus.

Le rassemblement se poursuivait à l'extérieur avec banderoles, affiches, casseroles…
AS en lutte

Nous avons chanté sur l’air de Milord

d’Edith piaf :

« Allez, allez Troussel

Viens t’asseoir à notre table

pour discuter les

FSL, SDAF et SPB

Les travailleurs sociaux

Sont tous dans la galère

Et ça va faire très mal

Car nous sommes en colère » 

 Puis, comme sur la place de l’Agora, nous avons pris le micro les unes et les autres pour dire pourquoi nous étions rassemblées, ce que nous souhaitions dire au Président du Conseil général lorsqu’il nous recevra, le mercredi 28 novembre. 

Il a été question :

  •  du 115 et du SIAO qui ne répondent pas, laissant les familles à la rue,
  •  des statistiques que notre direction nous demande mais qui ne veulent rien dire,
  •  de l’informatisation des dossiers qui n’apporte rien au travail social mais qui est une « putain de base de données » sur les gens qui s’adressent au service social,
  •  des réorganisations en pôles « accueil » et « accompagnement » qui ne sont pas réfléchies et qui n’empêchent pas des délais de rendez-vous insupportables pour les personnes, une assistante sociale précisant qu’au 15 novembre, aucun rendez-vous n’est fixé avant mi-janvier 2013 parce que les agendas sont pleins!
accès aux droits et expression

En aparté, une collègue a répondu aux questions d’une journaliste de France bleue :

« Oui on reçoit de plus en plus de monde mais je n’ai pas les chiffres, je n’ai pas besoin de les avoir pour le constater.

Mon métier, c’est d’abord d’écouter ce que la personne a à dire. Je ne sais pas faire un entretien en 10 minutes, on n’est pas un guichet comme à la poste, ça prend le temps qu’il faut. Les gens se sont souvent fait rembarrer des différentes institutions auxquelles ils se sont adressés. Ils ne connaissent pas les procédures, on leur donne de fausses informations…ils ont besoin de temps et de considération...»

 Avant de se quitter, celles et ceux disponibles pour faire partie de la délégation du 28 novembre ont pris date, histoire de préparer le rendez-vous avec le Président du Conseil général…

 Arrivé au 28 novembre, nous étions une petite dizaine à nous retrouver au local syndical avant de nous rendre au "château" (Les élus ont leurs bureaux dans des locaux de la Préfecture).

Nous avons été reçues par le Président du Conseil général, le directeur général des services, la directrice générale adjointe et 2 membres du cabinet de la présidence.

Le président du Conseil général a introduit la discussion puis nous sommes intervenues en rappelant d’abord nos missions et plusieurs points de notre code de déontologie tels que :

- Le respect de la personne fonde en toutes circonstances notre intervention professionnelle.

- Dans un contexte de développement incessant des technologies modernes de recueil et de traitements des informations,  il nous incombe de nous préoccuper des règles de conservation et de recoupement au regard du respect de la vie privée des individus et des familles.

- Il nous incombe de ne pas accepter d’exercer notre profession dans des conditions qui compromettraient la qualité de nos interventions. Il nous incombe donc d’être attentifs aux formes et conditions de travail qui nous sont proposées, et aux modifications qui pourraient survenir.

Nous avons également rappelé aux élus ce qui leur incombait, comme veiller à nous donner des conditions de travail qui respectent les agents que nous sommes et ne portent pas atteinte à notre santé.

 Nous lui avons ensuite fait part de notre regret de constater que depuis notre grève du 27 janvier 2011, nous n’avions rien, ou presque rien, obtenu et que l’administration n’avait pas tenu ses engagements.

Puis nous avons conclu sur l’ensemble des revendications que nous portons depuis de nombreux mois.

 Le Président du Conseil général nous a affirmé que nos préoccupations et mots d’ordre rejoignaient les siens, qu’il n’était pas opposé à la réquisition de bâtiments vides mais qu’il fallait des constructions massives de logements sociaux et très sociaux, qu’il œuvrait pour que les règles de compensation versées par l’État évoluent…

loi de réquisition

Il nous a assuré qu’il avait conscience de la situation terrible que vivent les personnes les plus en difficulté sur ce département, de cette précarité qui pèse sur le travail social et a confirmé qu’on gérait la pénurie…

 « Commencez par arrêter les redéploiements, ce que les assistantes sociales disent n’a pas de valeur, nous ne sommes pas entendues par notre hiérarchie directe. La réception du public, ce n’est pas de dire : « vous receviez 10 personnes, il va falloir en recevoir 15 ! ». Le management actuel est une difficulté supplémentaire. Nous en sommes à la 4ème réorganisation et les délais pour un rendez-vous sont toujours aussi longs mais notre hiérarchie nous répond que nous sommes résistantes au changement!» 

 « Laissez-moi vous expliquer concrètement le parcours d’une personne qui s’adresser au service social. Je suis au pôle « accompagnement », mes délais de rendez-vous pour une personne que je n’ai jamais rencontrée sont de 6 semaines mais en réalité, la personne aura franchi les portes du service il y a 8 mois. Elle aura été reçue à plusieurs reprises par 3 assistantes sociales du pôle « accueil » qui auront pris la situation par un petit bout parce qu’elles n’ont pas le temps et à au final, je vais recevoir la famille avec le même problème et une situation aggravée. »

« Les collègues sont confrontées à d’importantes situation de stress, à la pression, à des conditions de travail que se sont fortement dégradées. On entend ce qu’elles nous racontent de leur souffrance au travail, de la perte de sens et nous pouvons craindre des drames comme à France télécom ! »

 « Vous faites un constat macro et nous faites part de vos difficultés budgétaires mais il y a déjà des leviers sur lesquels vous pouvez intervenir comme le « new management public » qui a contaminé nos métiers ! On a un vrai problème avec la novlangue managériale comme l’illustre l’utilisation de « rapport annuel de performance », sans qu’on sache ce qu’est la performance en service social. Nous en sommes aussi à notre 4ème réorganisation sur ma circonscription, là aussi dans le but de répondre à l’accueil sans se soucier de ce que l’on fait sur le fond. »

 Monsieur TROUSSEL nous a répondu  que le management et la novlangue n’étaient pas sa langue, ni ses mots.

Le directeur général des services nous a précisé que seuls les redéploiements qui sont justifiés seront effectués. Ils permettront de créer de nouveaux postes de volantes.

Les responsables seront rencontrées en décembre et la question du management sera abordée.

Ila ajouté qu’« il y a des arbitrages douloureux à faire » mais que « le budget du service social a augmenté de 5.88% ».

Sur les redéploiements, une collègue a exprimé ses interrogations et les contradictions du discours « patronal » : « Dans ma circonscription, nous avons reçu la directrice de la DPAS et le vice-président  délégué à la solidarité et à l’insertion, à l’économie sociale et solidaire qui étaient contents de voir qu’un service puisse offrir cela aux usagers, la directrice a même précisé que c’était l’objectif à atteindre pour toutes les circonscriptions. C’est vrai que là où je travaille, nous avons la possibilité de prendre du temps avec les personnes et nos délais de rendez-vous sont raisonnables mais je fais parti d’une des circonscriptions où on va justement nous enlever un poste ! » 

 Avant de nous quitter, après 1h30 d’échanges, le Président du Conseil général a souhaité qu’un calendrier de rencontres soit proposé avec la direction générale pour reprendre l’ensemble des points abordés.

 Nous lui avons remis un courrier d’une dizaine de pages qui reprend tout ce que nous avons discuté au fil des assemblées générales.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cette rencontre ?

Il est d’abord incontestable que le fait d’être reçues par le Président du conseil général est un élément positif (nous n’avons jamais eu d’entretien avec son prédécesseur).

Nous ne pouvons présager de ce que donneront les différentes rencontres qui devraient avoir lieu et qu’il est nécessaire de préparer dans le cadre d’assemblées générales régulières. 

Il y a des choses concrètes qui ne « coûtent pas d’argent » mais  qui sont importantes et qui redonnent du sens comme de ne plus rendre de statistiques, (ré)interpeller les institutions qui dysfonctionnent, revendiquer haut et fort au Préfet qu’il doit appliquer la loi de réquisition, être soutenues par des chefs solidaires, bienveillantes et respectueuses des équipes qu’elles encadrent.

Nous pouvons craindre que ce calendrier de rencontres soit aussi une stratégie pour nous « endormir » une fois de plus, à nous de ne rien lâcher et de rester vigilantes !!!

Pour les moyens qui demandent à être financés, il est nécessaire que notre rapport de force soit massif si on veut obtenir quoi que ce soit…

Mais n’oublions pas que Seules sont perdues d’avance

les batailles qu’on ne livre pas ! »

 

A vos calendriers pour la première AG de 2013, le 10 janvier de 9h30 à 12h30, qui se tiendra à la cité 2 de Bobigny, salle K4 



 

Spéciale dédicace aux collègues qui bien que présentes aux AG, n’étaient jamais venues en délèg, et qui ont raconté avec force et authenticité ce qu’elles vivent au quotidien et ce pour quoi nous nous battons.

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