Les privilèges des chefs...

Publié le par rageas93

 

Voici la contribution que Carla nous a fait parvenir

N'hésitez pas à nous écrire : vécu, billets d'humeur, réflexion, analyse, expérience, cauchemar...

Nous sommes preneuses!

 

J'ai fait un rêve, celui que les privilèges cessent au sein des collectivités territoriales et au bénéfice des plus gradés. I have a dream that one day ...

Il est une administration où les chefs, responsables, « managers » en tout genre...jouissent de privilèges qui paraissent encore plus indécents dans une période où l'on nous assène régulièrement que l'on doit faire des économies.

Dans cette administration, les chefs, responsables, « managers »... bénéficient d'une voiture de service avec une place de parking attitrée pour leur trajet domicile/travail et travail/domicile. L'essence est payée par la collectivité, ainsi que les révisions, réparations... Le gain mensuel net « en nature » représente quelques centaines d'euros. Ils bénéficient de ce que l'on appelle le « remisage à domicile », non pas du fait de leurs missions mais de leur statut. A l'inverse, les sages-femmes par exemple nouvellement recrutées, très souvent en déplacement de par leur métier, n'ont pas droit à ce remisage. Quant aux sages-femmes déjà en poste, il leur a bien été précisé qu'une fois « leur » véhicule en panne, il ne serait pas réparé et elles devraient alors « mutualiser » les véhicules qui resteraient au service, sauf pour leur chef, cela va de soi.

Il a bien été question de mutualisation pour l'ensemble des chefs mais la grande direction a vite laissé tomber ce projet du fait d'une levée de boucliers de celles et ceux qui allaient se trouver lésés.

Il est une administration où la nomination à un grade plus intéressant d'un point de vue financier et d'ouverture vers d'autres fonctions, vont bon train, histoire de soumettre (d'attacher) un peu plus ces chefs, responsables, « managers » aux maîtres suprêmes.

De même, on nomme des agents ayant passé le concours d'attaché sur leur poste actuel alors même que ce dernier est réservé à des catégories « inférieures ». Mais peu importe, ces agents voient leur fiche de paie grimper et bizarrement, il n'est plus question là d'austérité.

Il est une administration où un chef de service, récompensé pour sa gestion drastique des deniers publics, quitte à piétiner le droit des « usagers », apprend sa nomination à un poste de direction alors même que l'on peut encore adresser CV et lettre de motivation pour ce même poste ; ce qui signifie que les postulants n'ont pas encore été reçus par la commission de recrutement. On organise donc une commission, mais les dés sont pipés, juste pour donner l'image d'une légalité respectée mais en réalité bafouée.

Il est une administration où ses plus hauts fonctionnaires bénéficient de logements de fonction (pavillons ou appartements avec certains loyers à 3000€) tous frais payés par la collectivité.

Il est une administration où des « amis », des « politiques » sont affectés à des postes qu'ils n'occupent pas en réalité et qui s'apparentent à de l'emploi fictif.

Dans cette administration, tous ces privilèges mis bout à bout représentent des sommes conséquentes, à une époque où l'on supprime des postes, où l'on n'en crée point alors qu'on en manque cruellement, où les contractuelles (souvent de catégorie C) restent des années sur des postes précaires, où l'ensemble des agents manquent de fournitures, y compris les plus essentielles, comme stylos et PQ...

Les autres victimes de cette « rigueur » sont les milliers d'administrés : leurs dossiers et diverses demandes sont traités avec des mois, voire des années de retard, ils essuient toujours plus de refus et les fermetures de service se développent.

Ce sont les plus pauvres qui en font les frais : refus de prise en charge hôtel et tant pis si le 115 n'a pas de place. Quant à toi, l'étranger qui ne maîtrise pas la langue française, trouve-toi un interprète avant de débarquer en PMI ou au service social ! Tu nous coûtes trop cher ! L'administration ne se gênera pas pour informer les assistantes sociales que l'enveloppe budgétaire 2013 pour l'interprétariat vient d'être consommée et qu'elles sont donc priées de ne plus faire appel à ce service. L'administration fera part également de son interrogation sur l'origine de cette augmentation des dépenses, sous-entendant que ses agents abusent des moyens qui leur sont offerts.

Ces agents trop ignorants, inconscients, ne mesurent pas la complexité des choses et ont besoin d'être encadrés, évalués, contrôlés. C'est ce qui explique peut-être l'inflation du nombre d'administrateurs (plus haut grade de la fonction publique) dont cette collectivité s'est dotée, ce qui représente un coût certain.

Mais comme je le disais plus haut, la rigueur vaut seulement pour les pauvres.

De tous ces privilèges accordés aux plus forts, les syndicats, pour un ou des motifs que j'ignore, ne disent mot.

Aucun, à ma connaissance, ne dénonce ces largesses faites à la minorité dominante.

Est-ce par volonté de ménager « la chèvre et le chou », par peur de dépasser les bornes, de rompre le « dialogue social », de se faire taxer de « populiste », d' « anti-cadres » ? Est-ce parce qu'ils ne veulent pas opposer une catégorie de salariés à une autre ?

Tout cela je l'ignore, mais il y a une chose dont je suis certaine : l'administration peut dormir tranquille et continuer ses agissements en toute impunité.

 

Carla CARPE

 

 

Publié dans Billets d'humeur

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