Le service social version fast food

Publié le par rageas93

A rageas93@gmail.com :

Pas mal du tout ce blog, merci de me poster dans « billet d’humeur » ce qui ressemble plus à un coup de gueule !

 

« Le service social version fast food »

 

 

Il paraît que les gens qui vont au service social ont changé : aujourd’hui, ils viennent consommer des prestations, réclamer leurs droits et ne veulent plus être « suivis », ou plus joliment dit « accompagnés dans leurs démarches ».

Je pense que cela doit faire super longtemps que les gens ont changé parce que moi depuis que je travaille en polyvalence de secteur, jamais personne n’est venu me voir en me disant : « je veux un suivi pour 3 ans ».


La richesse de la polyvalence, c’est justement que les gens peuvent venir nous voir pour toutes sortes de problèmes, de questions et que tout cela peut évoluer au cours du temps. Une fois que la relation de confiance s’est établie (ça marche pas à tous les coups), que la personne se sent écoutée, non jugée, libre de parler, elle te raconte bien plus de choses que ce pourquoi elle s’était présentée, on chemine ensemble et on découvre parfois que le nœud du problème n’est pas là où on le croyait.


Voilà que je m’égare, revenons-en aux gens qui ont changé : cela doit être vrai parce qu’une coach (invitée dans le cadre des vendredis du management) a dit l’autre jour que les usagers se situent maintenant comme des clients, avec les exigences que cela suppose…

Salauds de pauvres ! Non seulement ils ne sont pas fichus de se débrouiller et de s’en sortir tout seul,  ils viennent gratter des aides et en plus ils osent exiger !

Et bien sûr, le client n’aime pas attendre, c’est peut-être pour cela que qu’on est en train de nous réorganiser : bientôt, dans tous nos services, y’aura un pôle accueil et un pôle accompagnement.  Si j’ai bien compris, cela devrait permettre aux personnes d’être reçues super vite et puis selon où ils habitent de venir une fois, deus fois ou trois fois à l’accueil avant de « basculer » éventuellement vers une « assistante sociale d’accompagnement ».

Parce qu’en fait, actuellement les gens attendent vraiment beaucoup trop longtemps, non pas à cause d’un manque (criant) d’assistants de service social mais juste parce qu’on est mal organisé, qu’on doit se moderniser et tenir compte de l’évolution du public.

Bah oui parce que ne pas avoir de quoi finir le mois, ne pas trouver de boulot, ne pas avoir de logement, subir des discriminations, être harcelée, battue…, entre il y a 10 ans et aujourd’hui, ça n’a rien à voir.

Avant on était suivie, aujourd’hui et demain on sera reçue super vite, ponctuellement, sans suivi (dans la mesure du possible, ce sera peut-être même un objectif à atteindre dans le cadre de l’entretien professionnel).

Parce qu’en fait, peut-être que y’en a plein qui pensent que nous sommes des administratifs « de luxe » (=pas trop mal payés) qui sont là pour servir des prestations : vous avez le droit ou pas, vous êtes endetté : allez hop, un dossier de surendettement, à la rue : allez hop, un DAHO, un accord collectif et un solibail, en expulsion locative : revenez dans 3 mois quand vous aurez repris le paiement de votre loyer et hop, on fera un dossier FSL, tout cela soupoudré d’aides financières par ci par là.

 

J’en entends déjà certains me traiter d’archaïque, anti modernisation, anti réformes : ça allait déjà mal avant alors il faut bien fonctionner autrement.

Et là, je dirais : oui c’était déjà pas génial avant, alors ce serait quoi un service social idéal aujourd’hui ? Un service où on serait disponible pour prendre le temps d’accueillir les personnes, écouter leur colère, leurs angoisses, leur désespoir avec des moyens mis à notre disposition par notre employeur pour leur donner un coup de

pouce, faire un bout de chemin avec eux et des moyens pour nous aussi comme des groupes d’analyses de pratiques professionnelles parce que faut pas croire mais absorber comme une éponge les émotions, problèmes qu’on vient nous déverser chaque jour, ce n’est franchement pas évident.


Attention, je ne suis pas en train de dire que notre employeur ne fait rien pour nous

(devoir de réserve oblige), d’ailleurs ce serait purement mensonger ; la preuve : notre président (pour qui chaque euro dépensé est un euro utile) a fait installer des photomatons dans le hall du conseil général avec des photographes à dispositions et nous tous, agents ou plutôt acteurs du conseil général, on a été invité à se faire tirer le portrait pour l’année 2012 ! Elle est pas belle la vie ?

 

Caroline

Publié dans Billets d'humeur

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