L'interprétariat remis en cause!

Publié le par rageas93

L’interprétariat, au Service Social

Départemental, est remis en cause

par le Conseil Général

 

Refusons l’outil informatique mis en place pour nous rendre gestionnaires des dépenses d’ISM et nous culpabiliser

 

Dans le texte « Le secret professionnel des A.S. dans le COSMOS » diffusé mi avril, la conclusion apparaît aujourd'hui prémonitoire :

«  Faire entrer dans le travail des AS et des secrétaires des démarches de rationalisation du temps, de l’écoute, des dossiers et des coûts au nom d’objectifs tels que l’efficacité et la culture du résultat, nous éloigne d’une relation d’aide inestimable et non mesurable. »

 

Lors de la présentation dans 3 CSS (circonscriptions de service social), l'informatisation des demandes d'interventions ISM a clairement été définie comme un outil de gestion, d'information et de partage avec les CSS afin de les responsabiliser quant à l'utilisation du budget d'interprétariat.

Faire participer chaque agent des CSS à la saisine informatique des demandes d'intervention ISM permettrait de maitriser « l'augmentation exponentielle » de l'enveloppe budgétaire.

 

Le partage selon notre direction, c'est venir présenter un nouvel outil informatique et demander la participation des C.S.S. C'est livrer des constats et une analyse unilatérales, proposer des préconisations sans débats.

Ce n'est pas laisser les A.S. et les secrétaires s'exprimer sur l'intérêt précieux que représente l'interprétariat dans leurs missions de service public.

 

La responsabilisation, c'est culpabiliser les professionnels en affichant une « alerte consommation » sous leurs yeux afin de les ramener régulièrement à une réalité financière du Conseil Général.

Ce n'est pas la responsabilité du professionnel vis-à-vis des familles qu'il reçoit de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires afin de les accompagner dans l'évolution de leur situation.

 

Demander aux professionnels de participer à la gestion du budget d'interprétariat, c'est leur demander de prioriser en lieu et place du Conseil Général en choisissant les catégories de famille et leur nombre. C’est un glissement vers une priorisation et une sélection des familles en fonction de leurs origines et de leur capacité de maîtrise du français.

Ce n'est pas leur demander de réaffirmer le sens et la place de leur travail en faveur de toutes les familles de Seine Saint Denis.

 

C'est une remise en cause pure et simple de notre code de déontologie, de nos missions de service public. Une nouvelle conception du travail social est en marche. La gestion financière du social doit être à présent justifiée.

L’usager devient client. Il n’est pas le centre de notre intervention. Dans cette nouvelle injonction hiérarchique, c’est son coût qui devient la principale préoccupation du travailleur social.

Les services d'action sociale, de l'enfance et de la famille relèvent des compétences du conseil général. Il ne s'agit pas là de nouvelles compétences déconcentrées de l'État.

La possibilité d'interprétariat entre totalement dans l'accompagnement médico-social des personnes amenées à rencontrer un service social, une PMI ou l'ASE.

Dans l'accompagnement du service social, il n'y pas de rythme institué, il n'y a pas de quotas dans le nombre de rendez-vous accordé à une même famille, il n'y a pas de mesure forcée de l'évolution d'une situation.

 

Nos missions sont l'accueil, l'écoute, l'accompagnement dans la mise en présence des droits et autour des difficultés familiales, professionnelles, de logement, de santé...

·         Comment accueillir et écouter une personne pour lui proposer un accompagnement s'il n'y a pas la possibilité d'un interprète dans sa langue ou dans la langue des signes si elle est malentendante et/ou muette ?

C'est la renvoyer à ses propres ressources qu'elles existent ou non et d'être à la merci de tiers pour parvenir à s'exprimer. C'est un premier déni de droit.

·         Compter sur des ressources en interne au sein des circonscriptions, c'est faire abstraction de la distance nécessaire au professionnel pour faire son métier d'A.S. et non d'interprète, l'effectuer pour une autre collègue c'est mobiliser deux professionnels simultanément et dans le temps sur la situation.

 

Quand il est dit qu'au bout de 5 entretiens avec un interprète, l'A.S. devra rendre des comptes à sa hiérarchie, cela signifie qu'une famille qui ne maitrise pas le français n'aura pas le même accompagnement social qu'une famille qui le maitrise.

 On veut redéfinir l'autonomie des familles notamment étrangères dont la maitrise du français est l'élément d'évaluation de cette autonomie.

 

Au S.S.D., une catégorisation des familles est déjà lancée avec un groupe « Tamoule » qui stigmatise les familles indiennes et sri-lankaises comme étant à l'origine de fortes demandes en interprétariat.

Que se passera t-il quand les enveloppes par circonscription seront épuisées?

Y aura t-il péréquation des enveloppes entre les CSS afin de préserver « l'équité » dont il est fait mention ?

 

Notre institution nous ajoute une mission supplémentaire : se préoccuper des deniers publics. Pour faire fonctionner cet outil de gestion notre participation est indispensable, celui-ci vient donc modifier notre champ d'intervention et doit faire l'objet d'un passage en CTP.

 

Que reste t-il des valeurs qui fondent notre métier ?

« Prioriser, traiter, mutualiser, regrouper, temps réel de consommation, réalité budgétaire… ».

Ce sont des nouveaux termes qu’on nous demande d’assimiler, d’utiliser et de valoriser.

Nous devrions culpabiliser les usagers/familles car ils coûtent trop chers à la collectivité.

SAUF SI …

nous décidons tous ensemble de refuser ces nouvelles pratiques,

nous croyons encore en nos valeurs communes,

nous pensons que le travail social n’est pas mort,

nous pensons que grâce à notre intervention, les personnes reprennent courage, espèrent et arrivent à s’extirper de cette misère,

« le social en acte » permet aux personnes d’être actrices de leur vie.

 

Nous appelons au boycott pur et simple de ce nouvel outil et à la poursuite de l'utilisation de l'interprétariat en fonction des besoins des personnes

   

   

   

COMPTE-RENDU

d'une circonscription de service social au sujet de l’informatisation des fiches d’intervention ISM

 

Ce que la Direction nous a dit en réunion de service : 

 

«  Depuis 2003, augmentation exponentielle des dépenses d’interprétariat.

En 2003, 32 000€ et en 2007, 47 000€. Maintien en 2010.

 

Objectif de la DPAS :

 

- arriver à un traitement égalitaire de tous les usagers des CSS en début et en fin d’année pour garder la même possibilité d’intervention en début et en fin d’année,

- gérer l’enveloppe par circonscription pour qu’elle ne s’épuise pas en cours d’année,

- régler le problème d’équité entre CSS,

- Prioriser et faire en sorte que les dépenses n’augmentent pas.

 

D’où le travail en groupe toute l’année précédente avec les RC/RCA, faire un diagnostic pour proposer des préconisations.

 

Constats :

  

·         Les CSS de ................... sont les plus gros consommateurs ISM

·                           Les prestations téléphoniques sont + onéreuses que celles physiques donc une nécessité de    regrouper et mutualiser les interventions physique d’interprétariat dans les circonscriptions.

·                           Ecarts important de consommation entre les CSS avec de méthodes de travail différentes. Par exemple, certaines CSS font appel aux ressources en interne (des collègues qui traduisent), à des associations/partenaires locaux et exploitent les possibilités environnementales

·         Une mutualisation avec la DEF est trop lourde

·                           La population Tamoule demande un accompagnement social important (1/3 des dépenses ISM) et un besoin de neutralité plutôt que de faire appel à des amis ou à l’entourage. Nécessité de mieux connaitre la population d’où un groupe Tamoul dirigé par XXXX (chargé des questions culturelles et populations étrangères).

 

 

Propositions :

 

 

·                           Construction d’un outil informatique de suivi de prestations ISM entre le central et les CSS pour avoir en temps réel la consommation de chacun

·                           Enveloppe plafonnée par circonscription à mettre en place qui est en fonction des habitudes de consommation

·                           Besoin de travailler la mutualisation avec la PMI dont le budget d’interprétariat s’élève à 600 000€.

 

Ce jour, présentation de l’outil informatique pour les tester : fiche d’intervention informatisée à saisir.

Le solde de l’enveloppe de la circonscription apparaitra en couleur (rouge) une fois la demande d’intervention saisie et validée soit par l’A.S., la secrétaire ou les responsables.

Cela répond à l’importance pour chaque agent d’être informé des réalités budgétaires et de l’utilisation des deniers publics.

Nous responsabiliser et nous faire intégrer la gestion du budget comme une réalité de notre travail sur notre lieu de travail.

Ce n’est pas un outil de contrôle mais un outil d’information. Il ne remet pas en cause les pratiques professionnelles.

L’étude population qui n’a pas pu se faire en fin d’année aurait permis de définir l’augmentation de la population accueillie en service social pour justifier ou pas de l’augmentation des prestations ISM ;

Des statistiques sont à saisir dans le menu déroulant : langue, nombre d’entretien famille/interprète, nombre d’usagers par A.S., n° du dossier de l’usager, problématiques.

L’informaticien dit qu’il n’est pas possible au central d’extraire et recouper les données saisies sur les fiches informatisées ISM, ce qui n’est pas le cas pour COSMOS.

Jusque là les fiches d’intervention manuscrite et transmises par fax au central étaient compilées puis comparées aux comptes (factures) transmis par ISM. Un tableau faisait apparaitre une image mois après mois de la consommation. Mais il est plus intéressant d’avoir un outil informatique partagé avec les circonscriptions.

 

Une demande d’intervention ISM est un acte professionnel et personnel de chaque A.S. qui engage les responsables à convoquer individuellement une A.S. si elles estiment qu’il y a abus dans le nombre de demandes d’interprétariat.

Au delà de 5 entretiens interprète/famille, il y a quelque chose qui ne va pas bien. Cela pose la question de l'autonomie des familles.  »

 

 

 

 

 

 

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