Deux beaux entretiens...parmi tant d'autres

Publié le par rageas93

Après près d'une quinzaine d'années de métier en tant qu'assistante sociale de polyvalence, je continue d'être émerveillée par ce que j'entends et je partage lors de mes entretiens avec les familles.

Je voulais ici tenter de mettre des mots sur des émotions fortes et un sentiment d'être utile à ce moment là précis, dans cette discussion sans dispositif à actionner ni paperasse à brasser.

 

Une mère seule qui élève deux garçons de 16 ans et 18 ans. Ce dossier m'avait été "confié" pour raison de protection

de l'enfance c'est-à-dire des inquiétudes de l'établissement scolaire pour l'aîné.Une mère déjà stygmatisée dans les écrits que j'ai pu lire de-ci de-là: pas assez "active", pas assez "vigilante" ...etc.

J'ai choisi de mettre de côté ce dossier à charge et de m'occuper avec elle de ce qui la préoccupait à ce moment là, en l'occurrence une coupure de gaz, une menace d'expulsion locative et un dossier de surendettement qui n'aboutissait pas.

Rien que cela... de quoi effectivement être concentrée sur des problèmes matériels tout en allant bosser (agent d'entretien) et s'occuper de ces deux garçons.

Nous avançons tant bien que mal au fil des semaines contre les vents et marées administratifs et institutionnels pour obtenir la décision du tribunal concernant le dossier de surendettement (effacement de toutes les dettes) et le rétablissement du gaz. Nous attendons encore que le bailleur prenne acte de l'effacement des dettes pour signer un nouveau bail.

A la fin du dernier entretien, Madame se met à me parler de son fils aîné en me disant qu'il n'est pas content de son orientation scolaire actuelle et qu'il veut en changer mais que le lycée ne semble pas favorable. Il veut préparer un bac pro en alternance. C'est sa mère qui ne le souhaite pas car pour elle, l'obtention du bac est primordiale sur le fait de gagner un peu d'argent. Elle me dit être intransigeante là-dessus avec ses deux enfants comme elle est intransigeante sur des règles qu'elle leur impose à tous les deux  (sorties, horaires ...). Elle me décrit aussi la différence de caractère entre ses deux garçons et comment selon ce qu'elle perçoit de l'un et l'autre, elle a plus ou moins de difficulté à parler avec l'un et l'autre. Au fur et à mesure qu'elle me parle de ses enfants, elle se met à pleurer et l'inquiétude semble la gagner.

Nous arrivons à un moment où je lui dessine sur un bout de papier ce que je pense avoir compris de ce qu'elle vient de m'exprimer avec autant d'émotion. Ce sont deux routes différentes prises par son fils aîné et elle mais ces deux routes se rejoignent au Bac et qu'il est possible de gagner ce point directement ou  en passant par l'alternance. Je lui propose de retourner avec son fils au CIO et d'avoir ensemble les explications. Le dessin semble avoir eu beaucoup plus d'effets que ce que j'aurai pu lui expliquer pendant des heures. Elle repart avec le sourire.

C'est elle qui a choisit de me parler de son fils, c'est la relation de confiance préalable que nous avons instauré ensemble qui l'a permis.M'occuper de protection de l'enfance ne veut pas dire attaquer de front les "problèmes" de l'enfant et les "manquements" du parent: c'est tellement plus simple de travailler à partir de ce schéma totalement éronné. Parler des relations parents/enfants; c'est partir du quotidien, prendre ce que les parents en disent et tenter de désamorcer avec eux certains évènements ou souffrances pour qu'ils ne deviennent pas insurmontables.

 

Un homme seul de 50 ans que je connais depuis plusieurs années et que je rencontre régulièrement autour de ses difficultés financières et de santé. Le dernier entretien a duré 1h30. Il a parlé du travail qu'il avait fait sur lui-même depuis près de deux ans, comment il se sentait changé, et qu'il continuait de changer. Les efforts qu'il avait déployé pour s'exprimer sur son histoire, ses douleurs et écorchures avaient laissé place aujourd'hui à une envie d'écrire et que celle-ci s'imposait à lui . Ayant fait un séjour de plusieurs mois dans une ville en montagne, il illustrait la beauté des rencontres qu'il y  avait fait par la beauté des paysages qui restaient gravés dans sa mémoire.

Il avait choisi de rester en apesanteur sur un parapente avec tous ses souvenirs  malgré son retour à une réalité moins belle et poétique dans son logement en banlieue. Il rêvait de retourner vivre définitivement en montagne dans un environnement qui lui était familier et où il s'était retrouvé. Nous avons parlé de son envie d'écriture, des paysages, des personnes qu'il avait rencontré et en fin d'entretien d'un commun accord tacite nous avons décidé de ne pas parler de paperasse ni de nouvelles désagréables. Il sera bien temps lors du prochain entretien. Nous sommes restés sur le parapente.

 

Au diable la paperasserie et les dispositifs!

J'aime mon boulot pour les discussions que j'ai avec les personnes, le temps et l'attention que je veux accorder à chacune d'entre elle.

 

Libellule

Publié dans Billets d'humeur

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Kaina 12/09/2012 23:57

Bonsoir
Je découvre votre blog et cela me fait plaisir de lire une AS aussi active et qui partage son quotidien. Je suis élève assistante sociale en 3eme année et je faisais une recherche sur la place de
l'usager, les statistiques aujourd'hui demandés un peu partout auprès des AS... Je reviendrai vous lire en esperant que vous continuez ce blog.

rageas93 25/09/2012 19:42



Merci beaucoup Kaina pour votre commentaire qui nous va droit au coeur. Il nous réchauffe car il vient d'une élève future assistante sociale et vous semblez sensible aux questions qui animent
notre métier aujourd'hui et aux valeurs à ne pas perdre de vue. N'hésitez pas à nous faire part de vos recherches ou questions.A bientôt.